» Ma nourriture c’est ta nourriture, juste tu te sers. Mais pour les coinceurs faut demander, hein »
Les grimpeurs sont des êtres particuliers. Leurs valeurs ne sont pas les même que dans le monde habituel. La notion du temps diffère. Les priorités aussi. Le sens même de l’existence.
Ne pas se prendre trop au sérieux. Ne pas oublier les cacahouetes. Un petit chien dans le sac, l’élégance crocs chaussettes, oufti oui hein.
Passions ou obsessions, est ce la même chose ? A quoi ça sert tout ça ? Pourquoi pourquoi pourquoi. Et pourquoi pas. Moi j’aime ça, c’est tout. Et j’aime les gens que j’y trouve. C’est tout. Pas besoin d’explications, pas besoin toujours de raison.
La pensée qui s’échappe, le corps qui danse, les doigts qui serrent des prises, toutes petites, les prises, acéré, le rocher, jusqu’à élimer la peau, les sentiments qui s’emmêlent, un son, lointain, de flûte, s’y mêle. De la douceur aussi, de la force, de la ténacité, pour conquérir le monde d’Ariel. Roche et lumières, je te souhaite un doux voyage, mon ami, sous les océans, tu danses et tu rêves
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The thought is escaping, the body dancing, the fingers squeezing tiny little crimps, so small, the crimps, so sharp, the rock, until it erodes your skin, feeling are tangling up, a sound distant, a flute, playing. Softness an strength, tenacity, you do need all for that if you wanna conquer Ariel’s world. Rocks and lights, I wish you a nice journey my friend, under the oceans, keep dancing and dreaming.
Dialogue avec un ami, peu avant le sommeil, les bras de Morphée ne sont pas loin, couchés et heureux, après deux journées sur le caillou:
– «Hey, tu sais quoi ?» – «Quoi ?» – «Demain on grimpe! Je suis trop contente» – «Ben oui on grimpe demain. Comme tous les jours.» – «C’est vrai, mais je suis contente quand-même» – «D’ailleurs, tu voudrais faire quoi d’autre ? Tu voudrais aller au cinéma?! » – «Non !» – «Hey ben moi non plus. Tu voudrais aller te baigner ?» – «Ah ben, peut-être après la grimpe, pour se laver.» – «Oui peut être après la grimpe. Mais d’abord, on grimpe.»
Ce genre de dialogue, qui font tout leur sens, dans l’absurdité de nos existences ou la passion est. En ce moment, je veux grimper. Je ne pense qu’à ça. Les journées de repos sont à planifier, mais elles nous ennuient. C’est un peu un jeu aussi, se rendre fous pour se sentir en vie.
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Dialogue with a friend, shortly before sleep, Morpheus’ arms are not far away, lying down and happy, after two days on the rock:
– “Hey, you know what?” – « What ? » – “Tomorrow we are climbing! I am happy » – “Yes, we are climbing tomorrow. Like every single day.” – « It’s true, but still, I’m happy all the same » – » But honestly, what else would you like to do? Would you like to go to the cinema?!» – « No ! I want to climb. » – “Hey, me neither. Would you like to go swimming?” – « No, I want to climb. Well, maybe after the climb, to clean ourselves. » – “Yes, maybe after climbing. But first, we climb.”
This kind of dialogue, which make all their sense, in the absurdity of our existence or passion is. Right now I want to climb. I only think about this. The rest days are to be planned, but they bore us. It’s a bit of a game too, driving yourself crazy to feel alive.
Lettre d’un ami » moi aussi j’ai pensé à toi aujourd’hui en voyant le temps merveilleux qu’il faisait, et cette odeur de l’aventure quand on sort, et en partant courir la nature elle offre des images puissantes qui remplissent le corps: le sommet lointain qui dépasse des arbres, un ciel blanc ouvert, un repas qui ré-équilibre nos maux. Ca me rappelle un poème japonais où une des lignes c’était un truc genre « les oiseaux au loin emportent mes problèmes sur leurs ailes ». Bref, ça c’est des choses que tu connais bien, tu sais tellement bien partir à l’aventure et les apprécier. Ce qui m’anime maintenant c’est la rencontre avec ce qui est là devant moi comme étant la chose la plus importante. Si je passe la moitié de ma vie à me comparer avec d’autres chemins que le mien et optimiser mon approche, c’est ok au début, pour être sûr de partir dans la bonne direction. Mais maintenant, je veux marcher. Genre on y va quoi, ça a déjà commencé, chuis en retard. »
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Last letter from a friend » I thought of you today seeing the wonderful weather, and this smell of adventure when you go out, when you go for a run in nature, it offers powerful images that fill the body: the distant summit protruding from the trees, an open white sky, a meal that re-balances our ills. It reminds me of a Japanese poem which one of the lines was something like « the birds in the distance take my problems on their wings far away ». In short, these are things that you know well, you know so well how to set off on an adventure and appreciate them. What drives me now is the encounter with what is there in front of me like being the most important thing. If I spend half my life comparing myself with other paths than my own and optimizing my approach, it’s ok at first, to make sure I’m going in the right direction. But now , I want to walk. Like let’s go, it already started, I’m late. »
L’éléphant S’emmêle les pattes Longue les pattes Douce la marche Du géant Tranquille Il ne s’effraie pas Du monde d’en bas Il avance tranquillement Peu importe le vacarme et la hâte Il ne fait pas De cas De tout ça Il trouve sa route La route le trouve Peu importe où tu vas Elle te trouvera La belle Longue et tranquille Elle est là Crois-moi
Le monde d’en bas. Le bas qui permet le haut, lui également qui permet à l’ancre de se déposer, aux vikings de s’amarrer, se déposer, se reposer. Et projeter les prochains mondes à découvrir.
This world down there. The down allowing the up, the down allowing to anchor to hook, to hang, to the vikings to dock, to land, to rest. And to project the next worlds to discover.
Ce monde d’en haut, sauvage et silencieux, on y prend goût, à la beauté. La-haut, le silence, le froid, le vent comme alliés, et autre compagnons de cordée. On s’y attache, on y rêve, on y revient.
This world up there, wild and silent, I could get used to it, to its beauty. Up there, silence, cold and wind arer our allies, and other climbing companion. Easy to get attached to it, to dream of it, and go back to it.
Les marées engendrées par mes pensée ne savent pas ce qu’elles demandent s’effraient entre elles de leurs lumières de leurs colères il y a de ces présences qui apaisent de ces regards qui rassurent dans ces yeux-la calme océan gris et blanc douceur nonchalante te ramène ici et là forces tranquilles entre les errances et les vents souffle le temps un bref instant pas besoin de ponctuation ni d’après ni d’avant reste le charme d’antan son instant latent décadent ou haletant j’attends et je sens que le jeu reprend que je choisisse ou non inlassablement la vague fait fi de mes errances le monde s’enroule et se déroule sans cesse le temps
Tiki, c’est un ketch, c’est-à-dire un voilier avec deux mats. Il a une coque en acier, d’une longueur de 10,5m pour 10 tonnes, le gros moineau. Il a été construit à la main par un passionné qui voulait faire le tour du monde avec lui. Tiki est fait pour affronter le gros temps, sa coque isolée sur 8cm garde la chaleur à l’intérieur, et ses 11 différentes voiles permettent de s’adapter à tous les vents, ou presque. Pourquoi Tiki? Un dieu protecteur néo-zélandais, un totem qui veille sur nous.
Il aura passé presque un an à Paimpol en Bretagne avant que Nino arrive et prépare ce petit bateau pour un grand voyage. Le projet: l’amener jusqu’en Norvège. La Norvège pour hiverner, et explorer ses fjords au printemps, faire une étude de projet de ski/speedriding/escalade et voile. Les variantes: petit souci de moteur, des pièces qui n’arrivent pas, puis la tempête Alex qui s’abat sur la Bretagne. Résultat: on commencera à naviguer le 7 octobre plutôt que le 15 septembre comme initialement planifié. Même pas peur des tempêtes, même pas peur du froid, on y va. Après 2 semaines et demi coincés ensemble au port, l’équipage composé de Nino, Emile et Alexandra, est plus que motivé, et aura découvert l’art de la godille dans le Port de Paimpol, la wax et le peigne à moustache, l’acroyoga, et fait connaissance avec toute la marina. Voilà.
Journal de Bord Alex: J1, il pleut
On est bien en Bretagne
Le Port de Paimpol
Deux semaines et demi au port c’est dans un premier temps des listes d’ordre du jour à dégommer, puis le vide et le néant à tuer. On devient créatif. Des fois on va courir, nager, faire du sport. D’autres on boit du rhum et du cidre. On traîne, on va à 3 avec 1 skateboard au supermarché en dehors de la ville ne rien acheter ou presque. Des interminables parties de dés, le fameux jeu des 10’000. C’est pas si drôle ce jeu en fait, Émile il gagne tout le temps. Je crois qu’il a truqué les dés. Du beurre salé par mottes. Des légumes du marché, de l’ail, beaucoup d’ail dans notre cuisine. De la lecture, tantôt chacun de son côté, tantôt à voix haute les uns pour les autres. L’impression d’être au chalet. Une excursion sur l’île de Bréhat. Du cidre, un jambon beurre, des Kougn Aman. La Bretagne: du beurre et du sucre.
Journal de bord Alex: J5 au port, et si on accrochait les bouteilles de cidre à une drosse (petite corde) pour le mettre au frais dans l’eau? Concours de qui fait le meilleur noeud!
Journal de bord Alex: J9, j’essaie d’étudier la navigation, les allures, le près, le travers, le portant, Nino nous fait des schémas à n’en plus finir.
Journal de bord Alex: J12 au Port, Émile a commandé un peigne à moustache. Nino ressemble à un phoque quand il trime la sienne. Je crois que Nino devient fou parfois. Il est là depuis 6 semaines. On croise les doigts pour que le bateau démarre un jour.
Autant de temps au port, c’est de belles rencontres aussi, des histoires abracadabrantes parfois, comme celle d’Arthur, tout juste rentré d’un convoyage vers le Maroc avec un capitaine fou qui aura finit par couler son propre navire pour que les secours viennent les chercher. La famille de Kaleb, les deux enfants et le labrador Otis, qui ont quitté la vie parisienne pour s’installer sur leur bateau, naviguer, rêver à une vie différente. Les petits vieux alentours qui viennent boire le café sur leur bateau. Erwan, le gardien du Port, c’est comme s’il faisait partie de la famille ou si on faisait partie de la famille, au bout d’un moment, on sait plus trop. Et il y a Thibault aussi, qui nous aura rejoint pour le premier faux départ, avec sa bonne humeur contaminante et sa tranquillité. Il nous aura fait découvrir un documentaire sur le célèbre marin Éric Tabarly, qui aura renforcé l’envie de naviguer peu importe les vents et les tempêtes. Thibault aura eu la chance de participer à la fameuse traversée du Port, tracté par le petit bateau de la capitainerie pour se rapprocher de Dauphin Nautique et son mécano Nono, personnage haut en couleur et brut de décoffrage. Traversée du port, avec un amarrage à couple d’un bateau de pêche, un saut enjaillé de notre capitaine pour l’accoster sous la pluie, un évènement marquant dans le calme plat de nos journées paimpolaises. Thibault nous laissera après quelques jours, son timing étant trop court pour un troisième plan de départ (déserteur!).
Journal de bord Alex: J13 au Port, on a enfin reçu les pièces! Le moteur redémarre! Avis de tempête, la tempête Alex décime les côtes bretonnes. C’est une blague?! Retour de karma?
Journal de bord Alex: J16 au Port, on est quel jour déjà? Personne ne sait plus sur ce bateau. Dehors il pleut. Et pas qu’un peu.
Sur la deuxième partie de notre séjour Paimpolais, arrive l’Hirondelle, un bateau associatif qui fait de la sensibilisation à la vie marine et aux océans, et son joyeux équipage toujours prêt pour de nouvelles aventures au Port. Adrien nous initie à la godille, une rame bretonne qui permet de manœuvrer dans le port sans moteur – c’est ça qu’il nous fallait en fait -, Valentin transforme notre Émile en star de cinéma dans une vidéo « La Godille c’est la vie » – allez voir sur Youtube. Louise et Marie-Kell se découvrent des talents de voltigeuses en acroyoga et se prennent au jeu de la tête en bas. Cette dernière nous offre en prime un super concert improvisé avec son violon, accompagnée par Aurélien à la guitare. Ils viennent régulièrement nous tirer de notre ennui, toquent au bateau, ça me rappelle l’enfance où les voisins venaient sonner et demander si on pouvait venir jouer dehors. Des chouettes soirées avec eux, on rit, on discute, on en oublie l’heure, on n’a pas besoin de l’heure en fait, et quand finalement la tempête se calme, une première sortie d’une matinée pour tester Tiki où on embarquera Marie-Kell et Aurélien avec nous.
Journal de bord Alex: J18 au Port, trop bien aujourd’hui on fait la lessive on va pouvoir utiliser la table de la laundry pour faire des tours autour – on se réjouit d’un rien après 18 jours à Paimpol. Et demain on part. Enfin, ça y est, l’aventure démarre. Joyeux mélange d’excitation et d’appréhension. Un joyeux bordel, comme aime à dire Émile.
1ère NAVIGATION
Paimpol – Cherbourg
90 miles / 18h
Mercredi 7, départ de Paimpol à 8h tapante, en même temps que nos amis sur le voilier l’Hirondelle. C’est pas glorieux, pour tout dire, on retourne le bateau dans l’écluse en l’amarrant maladroitement. Plus de peur que de mal. Tiki est costaud, rien de cassé. Hors du port, nous hissons les voiles pour la première fois, côte à côte avec l’Hirondelle. Elle file la jolie, elle nous distance assez vite. Au revoir les amis, bon vent. Ça y est, on commence enfin à naviguer, après de longues semaines au port, plus ou moins, selon ses coéquipiers.
Le vent forcit, la houle commence à se faire sentir. Alexandra découvre le mal de mer, c’est pas cool. Nausées, l’oreille interne qui fait des siennes, mais à genou, la tête vers le bas, c’est moins pire. Virement de bord, Nino demande à Alex si elle est apte à border le yankee. Un élan de courage, elle crie « oui ! ». « Maintenant! », elle commence à tirer, fait 2 tours de winch, vomit par dessus bord, refait un tour, fixe l’écoute et la tend à Nino qui est revenu, avant de vomir encore plusieurs fois. Grosse pensée pour Renaud « J’ai eu si mal au coeur, sur la mer en furie, j’ai vomi mon quatre heures, et mon midi aussi ». Elle restera hors service pendant plusieurs heures tandis qu’Emile et Nino gèrent la navigation comme des pro. Émile s’avère un fin barreur. Alex fini par reprendre des couleurs, on chante (crie?) des chants de marins « We will be aaaaaaaalright, if the winds were in our sails », on rigole, puis des dauphins viennent nous voir !! Plein ! Nino à la barre, Émile et Alex comme des enfants heureux à genoux à l’avant du bateau à les regarder plonger, sauter, jouer avec les vagues avec autant de rapidité. Alex à la barre, ça loffe et ça abat, ça se mélange les pinceaux entre le vent, la houle, les vagues, avec tout ça qui bouge, et nous aussi on bouge en fait. Mais ça va aller, c’est juste un nouveau monde à découvrir et à apprivoiser, comme l’acro-branche dirait Aurélien. Tombée de la nuit, pluie, humide, froid, beaucoup de vent, on arrive à temps pour la bascule de courants au fameux chenal du Raz Blanchard, des pointes à 10 noeuds. Émile, héros du Raz, barre tout le long. Une petite lampée de rhum pour se réchauffer. Allumer les cigarettes, c’est un challenge en soi. Vent arrière, au portant, mer bien formée, la pluie et le froid qui pénètrent jusqu’à l’os.
Arrivés à Cherbourg à 3h du matin le jeudi 8, on gère l’arrivée au port et l’amarrage du Tiki, Émile s’écroule direct et rêve de boussole. Une matinée de sommeil. Une douche chaude. Laver et sécher les affaires qui ont pris l’eau. Les hublots n’étaient pas assez resserrés, ça a trempé le lit et le carré d’une grande vague éclatée sur le pont. Pensée pour Renaud encore « J’me suis cogné partout, j’ai dormi dans des draps mouillés, ça m’a coûté des sous, c’est de la plaisance, c’est le pied ». La douche chaude ça nous redonne de la vie, un peu. Visite de la cité de la Mer, arrivés après la fermeture des caisses, mais pas du musée, alors on se fait gruger à sauter la barrière « Vous trouvez ça normal? » « Euh non, mais bon, on voulait vraiment voir le sous-marin et y avait personne ». Il est énorme, c’est fou, c’est beau, c’est immense, plein de métal qui va sous l’eau, mais tout ça, tout ça pour faire la guerre? Le principe de la plus grosse, qu’ils disent, décourager l’adversaire pour ne pas avoir besoin de tirer ces missiles, ouais ouais, je sais pas. L’aquarium, des poissons et méduses, hippocampes absurdes et si mignons, mais la grande tortue là, on l’aurait mieux aimée libre que dans ce bocal. Une fondue au Maître Corbeau sur son arbre perché tenait en son bec un fromage. Nino, Émile et Alex, par l’odeur alléchés, dévorèrent tout ceci pour à la diététique sportive selon Erhart Loretan rendre hommage. La fondue, ça crée la bonne humeur, du lard, du fromage, on est prêts pour un 8’000 ou plutôt la prochaine étape qui s’avère longue. Et pour bien rendre hommage à Tabarly, et ne pas en faire une, on révise bien nos manœuvres d’homme à la mer, et surtout on n’oublie pas de s’attacher à la ligne de vie.
2ème NAVIGATION
Cherbourg – Boulogne
140 miles / 28h
Départ vendredi 9 vers 11h, Nino coache Émile et Alex à la barre, garder le bon cap, vérifier la boussole, la girouette, sentir le vent sur ses oreilles et son nez, regarder les vagues aussi et l’horizon, vérifier la route sur la carte et éviter les hauts fonds. Il y a beaucoup de vent, on est tantôt au portant et tantôt au travers. On teste Charly, notre régulateur d’allure, à l’ancienne, des drosses (petites cordes) de chaque côté de la barre, reliées à un mécanisme qui tourne avec le vent et une pale dans l’eau et ça compense tout ça et ça barre presque aussi bien que toi. Selon les vents. Des fois il faut l’engueuler un peu Charly aussi. Alex est vachement contente de ne pas être malade, et il n’y a pas de pluie, juste ça, c’est assez le bonheur. Elle cuisine même pendant la nav des champignons sauce tomate avec des pâtes, au rythme des vagues et de la cuisinière qui bouge avec. La nuit cette fois est claire, étoilée. Cassiopée nous dit bonjour depuis sa voie lactée, la Grande Ourse montre l’étoile du nord, le cygne est tranquille sur sa ligne, le plancton luminescent fait un miroir aux étoiles dans l’écume des vagues soulevées par le bateau, et le lever de lune est orangé. Il joue avec les nuages. Ou muages. C’est pas le même spectacle que quand il pleut. On apprécie. Malgré le froid. Le bateau file, ça donne une impression de rêve croisé à la réalité naviguer de nuit. Tout est plus impressionnant la vitesse, le vent, l’immensité du truc. On fait nos quarts plus ou moins, Nino plus, Émile et Alex plutôt moins. Les Pléiades annoncent Orion, celui-ci dévoile Tabite et ça nous fait rire. Il en faut peu. Emile au lever du jour fait son quart avec Alex pendant que Nino dort enfin un peu et laisse le navire à ses moussaillons. Le soleil se lève, la matinée s’annonce carrément ensoleillée. En partant de Paimpol, après avoir passé 4 jours au Port coincés par la tempête qui a reçu comme prénom Alex, oui, véridique, on avait presque cru qu’il allait pleuvoir non-stop, ben en fait pas.
Samedi 10, début d’après-midi, arrivés à Boulogne sur mer, claqués, après ces 28h de navigation, jour/nuit/jour enchaînés. C’est plein d’immeubles autour du port, et de fientes de mouettes sur le pont. C’était plus beau Paimpol. Élan de motivation pour Nino qui nous cuisine des oeufs, débouche les toilettes, pour cela il plonge dans l’eau froide et sale du port (héros !!). Émile va faire des achats en ville et Alex écrit la lettre de motivation d’Emile pour Verbier. Répartition des tâches, team-working. Ça marche bien dans l’équipe, on est complémentaires. On commande des pizzas à emporter sur notre Tiki. Un tiramisu maison, qui disparaît rapidement, et au lit tôt avec un début de documentaire.
3ème NAVIGATION
Boulogne – Dunkerque
40 miles / 10h
Dimanche 11, on se lève tôt et encore fatigués de nos deux dernières navigations, histoire d’avoir les courants dans le bon sens pour la matinée. Mais 8-9h de sommeil, ça ne compense pas une nuit quasi blanche, et du coup on signe un faux départ à 8h sur un échec d’allumage moteur. Nino est prêt à tout démonter en maudissant les soucis mécaniques qui arrivent le dimanche quand tous les magasins sont fermés. Il crie soudain « Mais quel con!! » et comprend l’erreur, une poignée pas repoussée en avant, c’était juste ça. Alors on démarre et on s’en va et sort du port au poil, manoeuvres tip top, réveillés ou pas, on gère. Nino soudain nous balance un « Mais quel con! » numéro deux, il annonce qu’il a oublié la combinaison de plongeur qui séchait à la capitainerie pour la nuit !! Avant de se rendre compte, quelques heures plus tard qu’il l’avait pris. Elle est bel et bien dans le bateau. « Mais quel con ! » Alex lui renvoie. On n’était définitivement pas très réveillés.
Beaucoup de houle, on navigue au travers, je crois, je me rappelle plus tout à fait, mais les hublots latéraux sont sous l’eau et donnent l’effet d’être dans un sous marin. Échec de la cuisine au four, ça bouge et ça gîte trop pour que ça fonctionne. Alex fait deux tentatives, Nino s’y met, gros retour de flamme sur lui, Alex est prête à dégommer la couverture de feu, mais tout est sous contrôle, et en fait, la tartiflette à la cocotte minute, c’est super bon, ça réchauffe, c’est gras et ça tient au ventre. On engueule un peu Charly qui ne barre pas toujours droit, Alex galère à saisir la logique de la bête, c’est où l’avant et c’est où l’arrière, quand le truc tourne, et que le vent il tourne aussi. Nino trouve des manières inédites pour expliquer, quitte à devoir faire des petits bateaux en papiers sur une boussole dessinée dans un cahier pour que ça finisse par entrer. Un capitaine au top. L’après-midi est gris, mais sec. Les courants basculent et on avance de moins en moins vite, mais on avance quand-même. On aperçoit Dunkerque au loin, des cheminées, de la fumée et de gros bâtiment noirs sur une eau verte et un ciel gris, il y a comme un petit air post-apocalyptique d’un monde de demain qu’on ne souhaite pas ni pour nous ni pour nos enfants.
Arrivée dans le port sportive, avec à nouveau beaucoup de vent, on affale le yankee et la trinquette en luttant, cheveux et moustache au vent, sous un rayon de soleil, moteur, affaler la grande voile et l’artimon, Émile et Alex deviennent de plus en plus efficaces sur les manœuvres de chat et les descentes de ponton à la Jack Sparrow. Arrivés claqués à 18h02, Alex se motive à cuisiner un riz légumes. Avec du harissa et du soja, le riz c’est assez magique. Dyson a un coup de barre, il a l’air mort mais apparaît soudain à table, dévore par magie son assiette puis redisparait. Dyson c’est le petit nom de Nino quand il mange plus vite que son ombre. On se pose au lit, on ne sera pas sortis du bateau de la soirée. De toute façon dehors ça à l’air moche et dans Tiki on est bien. Lecture à voix haute au lit. La horde, ils contrent le vent comme nous.
4ème NAVIGATION
Dunkerque – Oostand
27 miles / 6h30
Lundi 12, une navigation courte nous attend. Alex déjeune à la tartineflette, une tartine avec le reste de tartiflette en guise de garniture. Départ en musique et au soleil, à l’heure cette fois (hey ouais), Aznavour, Emmenez-moi. Pas bcp de vent, on chill, on chante, vieilles chansons françaises, Piaf et autres Aznavour. Chansons de marins, on s’engage dans la marine marchande. Ça vogue au portant, on fait des empannages bien gérés. Poséidon nous envoie un phoque qui vient vérifier ce que l’on fait. On grimpe au mât, des vrais pirates. Les toilettes sont rebouchées, les aléas de la vie nomade. Ça traine, on lance un petit moment le moteur, et on arrive à Oostand, qui de loin n’est pas beaucoup plus jolie que Dunkerque. De longues barres d’immeubles, des usines, un port industriel. Mais on est enfin en Belgique alors on fait le ménage sur le bateau rapidement et on va tester les bières belges en terrasse. On s’amuse de notre mal de terre, les rues tanguent, et nous aussi. Les gens masqués dans la rue, c’est gris, silencieux. Trop silencieux après avoir eu le vent et les vagues toute la journée dans les oreilles. C’est trop calme. J’aime pas trop beaucoup ça. Je préfère quand c’est un peu trop plus moins calme. On trouve de quoi manger les fameuses « mitraillettes », viande, frites, du gras, on y revient. Explication sur la prochaine grande navigation vers la Hollande avec le cap sur la Duvel mais la ligne qu’on prend ce sera le couteau et la fourchette qui se croisent, et on prend pas les canaux, on est des Marins ou pas ?! Retour titubant, posés sur un banc, on est bien là, allez, bouge, on sera mieux dedans.
Journal de bord Alex: y a un moment, je sais plus exactement quand, en allant trafiquer le moteur Nino a laissé tombé une pièce dans la cale sous la cale (cale inception). Pour la récupérer, soit on démonte tout, une 20aine de vis pour enlever le plancher, bref relou, soit on plonge la main dedans, mais c’est trop bas, même pour les grands bras de ces deux grands suédois. Alors, là le capitaine il a eu une idée géniale, m’y plonger tête la première, moi et mes petites épaules, en me tenant par les pieds. Bon challenge de spéléo-acroyoga, ça fait un peu peur, ça nous fait surtout beaucoup rire, et puis ça fera un bon souvenir, allez, je m’y colle. Heureusement que j’ai une confiance absolue dans la capacité de Nino à me porter, tracter, tirer. Ou quand l’acroyoga devient un atout en récupération de pièces dans les cales de cales.
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5ème NAVIGATION
Oostand – Amsterdam
110 mN / 27h
Réveil à 8h, mal de tête, il pleut, difficile à se lever, la fatigue. On traine un peu. Mais pas trop. Émile prend un ferry pour aller acheter un guide de la Hollande, Alex s’occupe des achats en ville et du stock de clopes mais les boulangeries font pas de gaufres le matin à notre grand désarroi. Nino à nouveau débouche les toilettes, deuxième plongée en port, Héros x2.
Départ vers 11h, il pleut plus tant que ça au final. Gap spatio-temporel entre 11h et 16h30. Puis Nino cuisine un riz. On oublie un peu de manger quand on navigue. Ça avance au ralenti , le près c’est pas marrant. Lumières du soir, un oiseau s’échoue lamentablement dans notre cockpit, il sèche ses ailes, c’est pas un oiseau de mer ça, et on est bien loin de la terre. On se réjouit d’en faire notre ami, on l’observe. Mais la nuit tombe, le vent change, coup de jus pour un changement de voiles, virement de bord, je sais plus, on s’emmêle les pinceaux un peu, ça fuse, l’oiseau est blessé dans la mêlée, il s’est mis à courir partout en même temps ce con, on est trop malheureux pour lui, on l’emballe et le met au chaud. Cette nuit-là, on est au milieu des routes de cargos qui vont à Rotterdam. Nino en compte 43 en montant au mât ! Des champs d’éoliennes rouges qui clignotent. Tard dans la nuit ou tôt avant le jour, Émile appelle Nino « y a un bateau qui se rapproche! » « Beaucoup? » « Oui beaucoup » « ah ouais putain ». Mais en fait il bouge pas lui, il est au mouillage, comme plein d’autres qu’on croyait bouger, c’est pas si clair à voir au loin et les jumelles sont vraiment trop mauvaises. On est passé vachement prêt. Ça fait un peu peur. Depuis Alex appelle Nino dès qu’un bateau vient vers nous même si encore bien loin. On sait jamais. La nuit est froide, on se prend des vagues dans la tronche, pchhhhhst, pchhhhhst, allez encore une pour bien te réveiller. On essaie de faire des vrais quarts et dormir par tranche de 2h, mais pour Nino c’est plutôt des tranches de 20 minutes. C’est tellement le combat pour se rhabiller qu’on préfère parfois ne pas se déshabiller complètement et laisser ses bottes et ses pieds hors du lit, ou dormir au sol pour ne pas tremper les coussins. Les pieds, ils ne se réchauffent pas, même après 2h dans le sac de couchage.
Humides, froids, fatigués, la nuit est longue. « Mais qu’est-ce que je fous là ?! » On se le dit pas mais on le pense tous à un moment donné je crois. Il faut virer pour éviter le champ d’éoliennes. Ça avance pas au près, ça zigzague. Le jour se lève enfin sur Nino et Alex, avec la lumière et un peu de chaleur l’espoir revient, les forces un tout petit peu, le sourire aussi. La lune et une étoile font un clin d’œil sur un fond bleu ciel et sombre dégradé. Un nuage en forme de dragon, ou de canard de bain très énervé. Notre ami l’oiseau n’a pas passé la nuit, tristesse, on le dépose à l’eau avec une larme à l’œil, au revoir, désolé, en vrai on voulait te sauver. Du café et des œufs, ça réchauffe le cœur. Il fait de plus en plus jour, le champ d’éoliennes, il est toujours là ! On a tourné autour mais ça n’avance pas. On vire encore, vérifie le tracé sur la carte, on est revenu en arrière, on tourne en rond. C’est quoi ce triangle des Bermudes de près et de courants contraires? Nino a une idée, il affale la trinquette et le yankee et hisse le génois lourd risé. C’est pas mal mais c’est pas encore ça. Il dé-rise. C’est pas ça. Re-riser s’avère un combat avec le vent qui le fouette et fait échapper le point d’écoute de sa main. Allez, tu peux le faire. Ok, on allume le moteur. ll aurait fait quoi Tabarly?! How to navigate on a ketch sur Youtube ne nous aide pas, y a pas de réseau au large. Longue mâtinée, siestes alternées. Sauf pour Nino, lui il ne dort pas.
Arrivée mercredi 14 à Amsterdam à 13:30. Enfin à terre, après 27 heures de lutte, écroulés au soleil sur le ponton. On va prendre des douche chaudes, ça tangue, visages en feu ! Etre propre c’est assez magique, et le chauffage au sol on n’en parle même pas, quelle merveilleuse invention. Départ pour un coffee shop et des fish and ships, bienvenue en Hollande. Les meilleurs fish and ships de ma vie. On était affamés aussi. Retour au bateau, on joue aux dés, aux 10’000, Émile triche encore, eh mille encore et deux milles et bam dix milles pour Émile. Un chocolat chaud à la casserole et on s’endort à 20h devant ce documentaire, qu’on n’aura toujours pas fini, et dont j’ai oublié le nom de l’auteur.
EPILOGUE
Le bateau va hiverner en Hollande, il a l’air content là-bas, la suite du convoyage vers la Norvège se fera au printemps, quand la météo sera plus clémente et les hirondelles de retour des pays chauds. L’équipage de ce premier convoyage du Tiki s’est avéré une équipe qui fonctionne tip top malgré le peu (voir pas) d’expérience des deux matelots. Une super bonne ambiance et cohésion d’équipage, malgré les vagues dans la tronche, le froid, la pluie et autres imprévus, on en redemande et on ne se déteste pas encore, bien au contraire. Le Tiki c’est la vie!
The more places you see, the more things you see that appeal to you, but no one place has them all. In fact, with the more things you see, each place has a smaller and smaller percentage of the things you love. It drives you, even subconsciously, to keep looking, for a place not that’s perfect (we all know there’s no Shangri-La), but just for a place that’s « just right for you. » But the curse is that the odds of finding « just right » get smaller, not larger, the more you experience. So you keep looking even more, but it always gets worse the more you see. This is Part A of the Curse.
Part B is relationships. The more you travel, the more numerous and profoundly varied the relationships you will have. But the more people you meet, the more diffused your time is with any of them. Since all these people can’t travel with you, it becomes more and more difficult to cultivate long term relationships the more you travel. Yet you keep traveling, and keep meeting amazing people, so it feels fulfilling, but eventually, you miss them all, and many have all but forgotten who you are. And then you make up for it by staying put somewhere long enough to develop roots and cultivate stronger relationships, but these people will never know what you know or see what you’ve seen, and you will always feel a tinge of loneliness, and you will want to tell your stories just a little bit more than they will want to hear them. The reason this is part of the Curse is that it gets worse the more you travel, yet travel seems to be a cure for a while.
None of this is to suggest that one should ever reduce travel. It’s just a warning to young Travelers, to expect, as part of the price, a rich life tinged with a bit of sadness and loneliness, and angst that’s like the same nostalgia everyone feels for special parts of their past, except multiplied by a thousand.
Unknown author
La malédiction du voyageur
Plus vous découvrirez d’endroits, de lieux et de mondes différents, plus vous verrez de belles choses, et certaines vous plairont. Aucun endroit cependant ne les contient toutes. En fait, plus vous découvrirez, plus vous aimerez, plus le pourcentage de ce que vous aimez diminue à chaque endroit que vous explorez. Cela vous poussera, même inconsciemment, à continuer à chercher, pour un endroit non pas parfait, car nous savons tous qu’il n’y a pas de Shangri-La, mais juste pour un endroit qui vous conviendra. Mais la malédiction veut que les chances de trouver « juste ce qu’il faut » deviennent plus petites, pas plus grandes, au fur et a mesure que vous chercherez. Vous continuerez à chercher encore toujours, mais le fait même de chercher contribuera à amenuiser l’essence même de ce que vous cherchez. C’est la partie A de la malédiction.
La partie B concerne les relations. Plus vous voyagerez, plus les relations que vous entretiendrez seront nombreuses et profondément variées. Mais alors, sur l’échelle d’une vie, plus vous rencontrerez de personnes, plus votre temps sera diffus avec chacune d’entre elle. Étant donné que toutes ces personnes ne peuvent pas voyager avec vous, il deviendra de plus en plus difficile de cultiver des relations à long terme à mesure que vous voyagerez. Pourtant, vous continuerez à voyager et à rencontrer des gens incroyables, et cela vous plaira, mais finalement, ils vous manqueront tous, et beaucoup auront presque oublié qui vous êtes. Et puis, un jour, vous compenserez cela en restant assez longtemps quelque part pour développer des racines et cultiver des relations plus fortes, mais ces personnes ne sauront jamais ce que vous savez ou ne verront jamais ce que vous avez vu, et vous ressentirez toujours une teinte de solitude, et vous chercherez à raconter vos histoires juste une fois de plus qu’ils ne voudront les entendre. La raison pour laquelle cela fait partie de la malédiction est que la situation empire à mesure que vous voyagez, mais voyager semble être un remède pendant un certain temps.
Rien de tout cela ne signifie que l’on devrait jamais réduire les déplacements, les voyages, les explorations. C’est juste un avertissement aux jeunes Voyageurs, de s’attendre à une vie riche de rencontres et d’expériences, riche de vécu, de vie, mais également teintée d’un peu de tristesse et de solitude, d’angoisse parfois, en quelque sorte la même nostalgie que tout le monde ressent pour des parties spéciales de leur passé, sauf multipliée par mille. Telle est la malédiction du voyageur.
Fugacité Une tasse de thé Une rencontre Un lieu un chat un homme Impressions de déjà vu Inconnu ou juste vécu Un ressenti Peut être reconnu Car il y a de ces visages Qu’on ne saurait graver Il y a de ces présences Qui apaiseraient Le regard Toujours le regard Ce regard qui apaise Parce qu’il renvoie Un miroir Douceur déjà connue Transferts en transparence Elle est là en fait Au fond de moi C’est pas lui C’est moi Grace à lui Peu importe comment L’arbre des possibles Ce lieu là J’y suis J’attends J’ai tout mon temps Cet espace là ce lieu cet instant Il est là Ce moment Pour toujours Mais jamais il ne se reproduit L’instant Et cet endroit là et moi là Assise en haut de l’escalier Et dans mes mains cette tasse de thé Eh ben peut être plus jamais Et peut être des milliers de fois Et ça je ne sais pas Et j’aime ça Tous ces possibles Le hasard des rencontres Si hasard il y a Et ca c’est une autre question Qu’on ne posera pas Tant que la douceur est là Le champ lexical Les mots Les mots sur le frigo Les mots qui se noient Et les mots qui revivent Qui renvoient Comme l’arbre L’arbre qui revient Et le champ lexical il permet Les idées Les associations Et autres mélanges Ne pas précipiter Ça je sais pas faire Un baiser volé Ça je sais faire Quant au reste On verra bien Il était pas volé De toute façon Ce baiser Il s’est échappé De la pensée Qui voulait Inavouée la pensée Mais les yeux l’ont trahie Tu penses que tu décides Mais en fait tu décides pas vraiment Fugacité de l’instant Qui appelle à d’autres instants Entêtée dit-elle Elle ne sait pas Mais elle aime bien Ce qu’elle ressent Se sentir vivant A découvert A découvrir Vouloir savoir Mais pas trop vite Mais pas trop lent non plus J’aime quand ça galope Quand ça ne suit pas les règles Car il n’y en a pas Tant que le coeur bat Et rappelle toi Tu crois que tu choisis Mais tu ne choisis pas vraiment Libre arbitre dit-il Foutaise répond-elle Tout ça tout ça Pour une tasse de thé Laissée en haut d’un escalier.
Pour ne pas oublier De se reposer Le soleil sous mes pieds Brûle mes ailes effarouchées Elles ont oublié de sécher Après la dernière pluie Ouverte aux vents Tel le cormoran
Réveil morose Sale ambiance Dans ma tête gris Ambivalences Détourner le regard Cultiver l’ignorance S’occuper jusqu’au soir Oublier la souffrance Des hirondelles Belles ou cruelles Elles m’appellent Remplir le vide De passions tristes De performances Tout ça semble irréel Un jeu d’autant de vies Inexistence De cohérence J’ai pas envie De prétendre C’est ça ta vie Tu jouis et le montre Ta réussite Bien être Paix Intérieure Bullshit Juste une excuse de plus Pour mieux Faire pousser l’oubli De ce monde Extérieur La jungle l’enfer Qui hurle en silence Pour ne pas se frapper la tête Dans les murs humides De nos occupations A faire semblant de vivre Sans préoccupations Détourne le regard Et cultive l’ignorance S’occuper jusqu’au soir Oublier la souffrance Des hirondelles Belles ou cruelles Elles m’appellent Y a pas tellement de sens A ce semblant d’existence Quelconque Valorise l’inutile L’incessant L’inexistant Bienveillant Charmant C’est pas si marrant Ca me fait flipper vaguement Remplir le vide de nos insistances Sous le masque du développement Soi-disant personnel Nouvelle tendance Pour cacher l’ignorance De sa propre souffrance Existentielle elle Elle a du potentiel Y a rien de personnel à ça Sérieux les gars Même combat Le prôner hey ouais Nouvelle la réussite suprême De la simplicité qu’il dit mon cul ouais C’est un enrobage caché si c’est pas gâché Gardez les moutons bien parqués Bien rangés dans leur conforts Demandez-leur de se concentrer De méditer Pour oublier Qu’ils ne sont que des masques Que rien au final ils ne changeront Les laisser s’embourber Dans leur propre vacuité Ne rien mériter d’autre Que le chaos Précédemment cité Ceci n’est pas un Phoenix Des roses et des épines Du miel d’aubépine Oublier la honte D’être vivant Alors que d’autres crèvent Sans qu’on leur parle De développement Puisqu’ils n’ont pas de personne Puisque des numéros ils sont Des chiffres des statistiques Allons poser des pansements Sur une hémorragie Mais jolis hein les pansements De la couleur de ton âme Tu les peins de lumière Tu essaies Tu te noies Dans la peinture Qui n’existe pas Comme l’illusion De soi De eux De toi De moi Inutile absence De possibles Enfermés en soi-même Tels des zombies Sans savoir où aller Ni pourquoi ni comment On fait semblant Encore et toujours Faire semblant mais Ne rien mériter d’autre Que le chaos Précédemment cité Et même l’amour Cette merde qui te permet de t’oublier En se déversant dans une présence Apaisante enivrante comme un semblant d’errance En offrant son sens à l’autre, c’est pas moi c’est lui C’est plus mieux toléré, accepté, joué, joui A cette absurde contrée Et qui se fane Encore Car le vide Est trop grand La pluie ne saurait Laver les cœurs Noirs Rongés de peurs Grisés enfumés Perdus en mer Naufragés Petits bateaux effrayés Va te faire voir La colère Remballe Tes théories de merde Accepter la souffrance Personne a dit que ça serait facile Ben oui vieillir ça fait mal Tu croyais quoi Que t’allais t’assagir Sur ta montagne d’or Mendiant T’es toujours aussi con Juste un peu plus frustré Tu chies sur les autres générations Vous les jeunes vous avez pas de chance quand même Ok juste tu la fermes Et tu avances Arrêter de chialer sur le sens De cette comédie absente On fait tous semblant Occuper le temps Qui ne passe pas Le sens Laisse tomber Y en pas Et le temps Juste il se déroule sans fin Jusqu’à ce que Ben Ce soit la fin Voila Y a un jour on meurt Désolé si j’ai spoilé ton histoire Tu peux faire semblant que non Mais j’t’assure on s’y retrouve tous A la fin c’est normal ca Poussière Oubli de tous Car tu meurs seul Avec ton ignorance et tes doutes En attendant Tu cherches ta voie Ok voilà c’est ça Allez maintenant dis-moi Qu’est-ce que tu attendais Que j’te dise où aller Je sais même pas quoi faire de moi J’vais pas te sortir les clichés Que t’attendais Parce qu’en vrai Une solution miracle y en a pas Faut juste continuer à ramer Tu cherches un maître Un idéal pourquoi ? Parce que t’as plus de dieu Alors tu t’attaches à un coach A des slogans qui tiennent pas debout Tu crois qu’on lui a appris ce qui est bon pour toi Hey oui Si c’était si simple Tu veux savoir quelque chose C’est que personne sait vraiment Mais y en a Ils font juste mieux semblant Ceci n’est pas un Phoenix Y a que les contes qui renaissent De leurs putains de cendres Pas les gens Brisés Écorchés Eux rien ne les ramènera jamais A leur innocence Si y a un truc mort en toi Ben juste laisse-le crever C’est p’têtre ça qu’il lui fallait Pour que tu continues à avancer Au final T’as pas le choix Faut avancer Manifester Penser avoir un rôle à jouer Ca te donne un semblant d’importance Les grecs je crois le savaient Donner des jeux et du pain au peuple Laisser-le croire à la démocratie C’est bien joli en théorie Maintenez-le dans ce mouvement immobile Pour apaiser son âme Oublier la honte De ceux qu’on laisse derrière Vivre encore un peu C’est pas sérieux ce jeu A quel moment y a un mec Qui s’est dit que c’était une bonne idée Laisse tomber tes idéaux Laisse sortir les mots Dehors parfois il fait beau Laisse le soleil Réchauffer ta peau Imprégner ton âme Vieille et sale C’est pas grave Peu importe ce que pensent Les gens trop bien pensant Si ton âme est vieille Et salie Par la vie Laissez-moi cracher Cette haine Que je ne saurais cacher Trop longtemps Avant de se gâcher Et perdre son temps Laissez ma peau s’écorcher Les jeux passer laisser-moi m’accrocher Mon coeur cicatriser sans arrêter de saigner Voilà, Capitale de la douleur qu’il écrivait L’autre J’aime bien Ca parle au coeur Écorché Et ça Ca me semble vrai
Ceci n’est pas un Phoenix. Et pourtant dieu sait qu’à chaque journée à lieu sa transformation. Mourir et renaître à chaque instant. Quand je rentrerai, rien n’aura changé mais tout sera différent.
This is not a phoenix. Even if you and me knows that every single day bring such a transformation. Die and born at every momentum. When I will be back nothing will have change and everything will be different
Picture: Raraou Cafe, Exarchia, Athens. My headquarter for one week in november
Humans. You, me, their, we. Same, exactly the same. Same heart, same wish, same desires. We all are humans, just deserve and ask for some hapiness during the time we are around for that life. That time, which sometime flies, and sometime never seen to pass, unending slowness. Tragic slowness and loneliness of waiting and suffering. Hopelessness. Daily indecency. Keeping faith, trying not to fall into madness. Hope for another tomorrow, hope for a less painful one, a quiet one. Why? No answer. Whatever you were born in Cameroun, Kaboul, or Switzerland, we are the same. Simple. But not. War, politics, laws, borders, rules. Rules that doesn’t make sens. Life is unfair, use to say one of my friend. I wish it would not be the case, but is it. What do to with that? either forget it and live your quiet life, or fight for something that you feel is right and good. For me, once I open the eyes on some things around, it’s to difficult to pretend not to see. It’s too difficult. I can close the eyes, for sure. But it won’t make the picture disappear. The picture, not so unreal, this mirage in the desert of hope. The picture is still here. So are the people. All those people we let outside, like dogs. To their own fate. On the shore of their solitude. Some will grow stronger; some will break. Broken humans all around. Because of war, borders, laws. So let’s keep trying, for one more day, some more weeks, with those humans. You, me, their, we. There are things to do.
Vous, moi, eux, nous. Pareil au même. Aujourd’hui ou demain, même coeur, mêmes envies. Tous. Des êtres humains. Qui aspirent à un peu de vie. Un peu de quiétude aussi. Un peu de bonheur dans le temps qui leur est imparti. Ce temps qui passe, parfois si vite, parfois d’une éternelle lenteur. Tragique lenteur de l’attente et de la souffrance. De l’impuissance. De l’indécence. Juste ça. A travers ces méandres, juste attendre. Encore. Ligne, file indienne, galériens modernes. Injustice quotidiennes. Serrer les dents et espérer ne pas sombrer dans la folie. Tendre vers un peu de quiétude. Espoirs de renouveau. Espoirs d’un ailleurs moins douloureux. Pourquoi? pas de réponses. Que l’on soit né à Kaboul, au Cameroun ou en Suisse, quelle différence, dites-moi. Ah, oui, c’est vrai. Les guerres, les frontières, les règles, les lois. Des règles qui n’ont pas de sens. La vie n’est pas juste, disait un ami. J’aimerais tant que ce ne soit pas le cas. Mais ça l’est. Que faire à partir de ce constat. Ignorer cela, retourner à ma propre tranquilité. Je ne saurais. Une fois les yeux ouverts, on ne peut les fermer, les yeux. Certes, on peu, en vrai. Mais ça n’efface pas l’image. Elle est là l’image. Mauvais rêve, mirage. Ils sont là tous ces gens qu’on laisse dehors. Tels des chiens. A leur propre sort. Sur les rivages de leur solitude. Certains en tirent une force, se construisent; certains sombrent, se brisent. Chaque jour j’en vois, des humains brisés. Brisé dans leur humanité, leur dignité. Il y en aura qui se reconstruiront, d’autres pas. Mauvais rêve. Continuer, pour eux. Ne pas fermer les yeux.
Plumes déliées, anachronies et anarchies. Du café et de la poésie. Printemps pour rien; printemps pour tout. Avec tout ça, dites moi, on va où? Jsais pas bien, printempis. Les oiseaux de nos désespoirs s’oublient en pépillant. Les papillons s’en battent les ailes. Mélancolie du temps qui semble ne pas passer. Et pourtant, doux spleen de mes journées, me fait écrire, me fait rêver à un demain plus coloré. Printemps du printemps, je t’attendrai. Puisqu’on ne peut pas toujours se battre il parait.
Untied feather, anachrony and anarchy, coffee and poetry, spring of nothing, spring of everything. With all that tell me where we go. I don’t know, spring anyway. The birds of our despair forget each other; he butterflies wings flap. Melancholy of time which doesn’t seem to pass. Nevertheless, sweet spleen of my days makes me write makes me dream to a more colorful tomorrow. Spring of spring I will wait for you
Le monde est une longue nuit peuplée de peurs. Nous sommes des petits navires errant à sa surface, cherchant dans le silence et fuyant celui-ci. Nous créons des sons pour masquer le vide derrière. Nous créons des sons pour y entendre des langages. Les petits navires se rencontrent parfois et sonnent. Ils s’effraient les uns les autres et souvent s’abîment. Les vies sont de petites lumières voguant vers la fin et l’oubli.
Entre ciel et terre
Entre les lignes infinies
Guillaume Chenier
Retrouvez ses poèmes dans le recueil « Astre du matin » que vous pouvez commander en ligne
Seamen
The world is a long night full of fears. We are small ships wandering on its surface. Seeking in silence and fleeing this one. We create sounds to hide the void behind. We create sounds to hear languages. Small ships meet sometimes and ring. They scare each other and often become damaged. Lives are small lights sailing towards the end and forgetting about it.
Between heaven and earth. Between the infinite lines.
Guillaume Chenier
More poems and text in his book « Morning Star » that you can find and order on the internet.
To escape from reality, just on moment, enjoying the present time, forget, pretend. A step backwards for step forward. Getting some momentum, let’s say. To slow down to look for, to search. And then you just don’t get it. Because, maybe there is nothing to find out. Insolence of the one who is searching, thinking he already knows. Unendless dance of everyday, hollow wave and other hope. Here and there. It goes away. Ever and ever, it goes away. As certain as the setting sun. After the night, daylight. Always. Ancient celestial body. Until the day where. No obvious sens, charming, heady everyday looking for and not finding. As a child game. Just let the time passes. He knows, him, I think.
S’échapper de la réalité, l’espace d’un instant, profiter du moment, oublier, faire semblant. Reculer pour avancer. Prendre de l’élan, en vrai. Ralentir pour regarder, chercher. Ne pas trouver. Insolence de celui qui cherche, il cherche et il croit savoir. Eternelle danse du quotidien, creux des vagues et autres espoirs. Mirages. Lumières du matin. Renouveau. Il vient de où l’espoir. Ici et là bas. Il s’en va. Toujours il s’en va. Aussi sûr que le soleil se couche. Après la nuit, le jour. Toujours. Astre ancient. Jusqu’au jour où. Pas de sens apparent, charmant, enivrant quotidien à chercher et ne pas trouver. Jeux d’enfants. Laisser le temps. Il sait, lui, je crois.
Snapchat and insight of a normal day here in Samos Med EqualiTeam clinic, on a Greek refugee camp, as a physiotherapist:
« My day begin with a woman victim of torture one year ago, his collarbone was broken and didn’t really healed properly. The pain is too big and I cannot even touch or mobilize her shoulder. I feel helpless. I work around that join to help to decrease the tension and pain, working on her neck, back, some breathing exercices. Slowly going to the shoulder. Pain sometime is like a wild animal you try to tame. She talk to me, I listen to her, I am here for her, with her. Later, as a french-english interpreter for one of our doctors, I have to explain to a patient we have to open his infected and painful abscess, to take out the pus, but that we don’t have anesthetic here and that the hospital will not take him because his case is not an emergency. So we gonna give him 1g of Paracetamol, and I will hold his arms when the doctor will do the cut with a scalpel, that he don’t move and hurt himself, or hurt the doctor. I hold him, talk to him, try to reassure him. It’s painful. But he managed to do it. The same day, I see behind the rooms a patient waiting for doctor, cuts open and bleeding on his forearm. Suicide attempt, self harm? A shout for help in any case. He doesn’t look good. We will take care of him soon. Its hard to listen too, and hard to see. It make me feel angry, and sad. But angriness cover the sadness and tiredness. Angriness give me strength to fight for them, to give those people my time and my knowledge on body and pain. Some medical help, but as well some attention, softness and kindness. Just a smile sometime help to briefly lighten the day.
There are some easy cases as well, patient we can help, patient who will go better pretty soon with our cares here in the clinic. Some beautiful surprises as well, like this patient burned on the two hands and forearm who recovered way faster than expected. 15 days after the accident the wounds are clean and the mobility of fingers and wrist is really good. It give me so much joy, it give me so much hope. Sometime after the day of work I meet some patients in the street, for exemple last day one afghan man that was so happy I was able to tell him « Salam, khoubi? Khoubam. » (« Hello, how are you? I’am good » in farsi). Or when I see again some patients I treated and who tell me they are getting better, or are thankfull for our kindness and availability in the clinic.
Spending time with the other volunteers is a great support for hope, some are from all over the world, they let their home and life to come here to help. Some were or still are refugee and work here during the time they are here. Some as well decided to stay or came back to help. They give me hope some people can go out of this island, and will have a better life. There is some hope.
Here under my view as a physiotherapist here in Samos, under different angles, different perceptions.
It’s getting colder
Three weeks ago, upon arriving, I told myself that conditions were not that catastrophic after all. A very dark picture of the situation had been painted but the refugees that I was seeing at the clinic at least had tents for shelter, food to eat, clothes to wear. Many of them had mobile phones with which they’d get in touch with their relatives back home. Of course, I was seeing the situation from within my little bubble because NGOs are not allowed inside the camp. Therefore, it is the refugees who’d come to us here in the small town of Samos.
But the past few days, this has changed and the way I look at it and the perception I have of it as well. First, it’s getting colder. It rains almost every day, and it is heavy rain. Tents at the camp are pitched on muddy sloping ground. It is hard for some to stay dry. They don’t have enough warm or waterproof clothes. Many of my patients wear flip-flops and shorts and I would be cold if I were them. Since there is no water nor electricity in the camp, the limit has now almost been reached. A lot of people have colds, sinusitis, diarrhea, stomach ache. Small issues that should easily go away but don’t because of poor living conditions. These even get worse. Also, the usual pain problems (back ache, neck pain, stomach ache, sciatica, joint issues) are exacerbated by these living conditions. Overcrowding in the camp also leads to violence and fights break out regularly. For a lot of people, this is not a safe place.
This is just talking about physical pain, but I think the hardest part is psychological and emotional pain. For many of them, this pain is great. The most terrible thing is facing uncertainty and waiting. Not knowing if they will be sent back to the country they have fled because of great danger like war, terrorism, torture or abuse. The majority of refugees wait for months and some 1 to 2 years before knowing their fate. Waiting for months is long when days don’t go by and there is nothing else to do but wait in discomfort.
As well not understanding the situation and what is happening to them. Many come from small villages, have little education and therefore limited knowledge of body (anatomy) and medicine. Therefore, they can get scared easily about little things just because they don’t know. For instance, one patient thought he had scabies (many people actually have it here) because his skin was really itchy but it turns out it was just dry skin. Another patient was very worried about a cyst on his wrist, nothing serious, but was wondering if he would lose his hand. Fear is legitimate when you don’t know. It’s just like me with mechanics of sorts.
Medical Care in the Camp
Picture from MedEquali Team social media
Access to basic healthcare is very limited. There is only one hospital in Samos and it is overloaded. Each refugee must see the camp doctor but since there is only one physician for 7,000 people, they often get an appointment for 3 to 4 months after. Feeling like you’re going to kick the bucket before that. At the moment, there is only two dentists on the island who only sees people who have been here for at least two months, and costs are at their own expense, the consultation is 50€. There is not enough ophthalmologists, rheumatologists nor orthopedists and too few psychologists. For example, we are at the moment unable to provide referrals for people with suicidal thoughts. And we unfortunately see that on a regular basis. The situation is often changing because all the non-profit organizations work with volunteers and unpaid personnel. Nothing is really permanent. What is unfortunately constant though is the lack of infrastructure.
At the Med’EqualiTeam clinic, we have 7 consultation rooms and we see between 150 to 200 patients a day. In order to be seen by one of our doctors, patients come at 7:00 in the morning and queue up to have their name put on the waiting list. First, we do triage where we can quickly fix the easiest cases then consultations for cases that require more time. In the case of an emergency, we can refer patients to the hospital. However, knowing that it is overloaded, it has to be a true emergency. It’s hard to tell people everyday they will only get treatment at the hospital in the case of a life-threatening emergency. It’s hard to tell people that we have doctors but that we are not an official hospital, we are an NGO that can only provide pain killers like paracetamol and ibuprofen. We have antibiotics and other basic treatment options of course but no opioids or strong painkillers, nor treatment for specific conditions. We do not do injections. We do not have exploratory equipment like an X-Ray machine or an MRI. We can do blood and urine tests to measure basic values. That’s it. But that’s already something.
We provide emergency care in a way. And that would be just fine in the case of an emergency situation where people would only stay for a few days or weeks. Except that in this case, refugees are stranded on this island for way too much time. This is where the problem lies, I think. One of many problems. An infrastructure made for a temporary situation but this temporary situation drags on.
Physiotherapy
Picture from MedEquali Team social media
I see all sorts of patients; this is very varied work for me. I work in English or French and then Farsi and Arabic with interpreters. Beautiful team work. However, considering the situation, I also spend a lot of time listening and talking. And it’s not always very joyful to listen to or tell.
I explain to a patient with disc herniation in the acute phase, who sleeps on the ground in the cold and actually has not been able to sleep for days, that his case is not vital so for now the only thing he can do is wait. We would give him paracetamol and I would see him in physio every 10 days for 45 minutes to provide care and teach him some exercises that would help relieve the pain a little bit, maybe, I hope, Inch ‘Allah. I tell my patients with damaged knees that they would normally, in a normal healthcare system, with a meniscus and with torn cruciate ligaments, have physio several times a week, that we would do an MRI to figure out exactly what is going on, that we would plan a procedure and rehab after that. But here, they won’t get any of that. I will only see them every 10 days, will give them a splint or crutches if I have them, and that’s it. They need to wait for a transfer to a country where they’ll be able to receive adequate care. These are just examples among many others, among head trauma, stroke, and other injuries. There is this one patient also. He has had ankylosing spondylitis for 10 years; his spine is significantly deformed in spite of his young age and he does not carry his disease-modifying treatment with him. He will only be seen by the camp doctor in 3 months and in the meantime, we give him anti-inflammatory pills. So that makes him laugh a little bit considering the pain he has but that makes him cry also. I hear people on a regular basis wondering if it is really worth being alive in such conditions.
Stories of people who ended up here are pretty terrible. Violence broke them, they have experienced torture back home and fear is anchored in their body. They hurt everywhere. Sometimes, I can hardly put my hands on their back because their pain system is saturated and sensitized. The pain as well that they feel when they see that dogs get better treatment than people here on this island. Indeed, even dogs have a house to sleep in, and not them. One day, a fire broke out in the camp and some people fled and went to town. One patient told me he hid in someone’s yard to sleep but the owner of the house got scared and shot him. Hand injury only. But trust and soul damaged though. It’s hard to believe in people in these conditions.
It’s hard. Hard to hear and hard to say.
But this is reality in the field.
Patients’ smiles, a little bit of hope
Picture from MedEquali Team social media
Thankfully there are times where as a physiotherapist I can help someone. Smiling and finding hope again with patients who slowly get better or are just thankful because back in their country caregivers don’t take the time or don’t have the necessary resources. Or when there was simply no access to care.
Alleviating pain, by manual therapy, massages, teaching exercises, encouraging, giving an appointment for in 10 days and saying “On that day, I will be there for you”. Reassuring people, sharing one’s clinical reasoning or diagnosis, helping the patient understand the condition and pain to better manage it. Providing a splint to a patient whose knee or wrist is painful and then finally alleviating the pain a little bit. Giving crutches to a young person who has a limp since childhood because of a hip malformation and walks for the first time with a walking stick and a big smile on his face. Relaxing a painful neck, an aching back, an ankle that hurts. Sometimes, just being a careful listener, being there for the patient and considering him or her as a person, a person as a whole, alive, a human being. Cracking a stupid joke and making a patient laugh even though their ribs hurt and saying sorry but at the same time knowing that laughing caused as much good as harm.
Hope is the best medicine. Reminding them that where we are is not Europe, it is a refugee camp, not real life, just a fucking no man’s land where human rights are not really observed because of the lack of resources. Hoping and wishing that one day all of this will only be a bad memory, a transition, and that finally they will have the right to decent living conditions. In the meantime, there is life. And we hold on to it.
Sometimes also just playing with children in the waiting room, learning a few words in Farsi or Arabic, hanging out with the volunteer interpreters who work with us and who also have lived or still live at the camp. Teamwork. It feels good sometimes not to be alone with a patient. We support each other. We take care of one another. One of them always asks in the morning: “Still alive?” with his beautiful smile and his patience that seems to have no end even though we know that every one has their limits. Laughing with coworkers but also with patients sometimes. This young guy with both hands burnt following the explosion of a gas bottle used for cooking and who seems to be happy to have on one harm a very pretty blond English nurse dressing his wound and on the other harm a short blond Swiss physiotherapist moving his hand. Sometimes just a little something can bring a smile back on someone’s face. Running into a patient in the street who gives me a big hug and tells me they are doing better. Knowing that a lot of patients are happy to see us, we are often told at the clinic that we treat patients with kindness, as human beings and that it makes them feel good.
There are many instances where we actually help, it is reassuring and gratifying. We do a good job. Every day.
In Switzerland, I used to work 3.5 days a week and that was more than enough. I wouldn’t have wanted to work more than that. Here, I work 5 or 6 days a week and I don’t count my hours because…patients need us so much. I really enjoy the fact that I can help them with physiotherapy and by my being here. It has meaning, really. When it rains too much, patients for physio cannot always make it to the clinic. I then work as a French-English interpreter for doctors. There is always something to do, even physio for volunteers and coworkers. Or just cheering someone up. And the team needs it. They really need it.
We take care of each other and the team, after work. We share our feelings, joy or pain, or on the contrary we decide to forget everything and we cook together, we listen to music. Sweet mix of cultures. We work out a little bit, even though we often get off work after 10 hours spent at the clinic, sometimes more, and it is night time already. Sometimes we just hang out and we don’t say a word because we already have used all the words we had for that day and all we need is just each other’s presence.
So, this was in a few snapshots and insights, my experience and life here in Samos. Sometimes I don’t understand borders, war, violence. But this is the way it is. We need to keep fighting. Stay hopeful.
This was news from Samos, through the eyes of a Swiss physiotherapist. So many terrible things but at the same time so much support and mutual aid.
Here, we always need doctors, nurses, physiotherapists and volunteers. And financial support. And we need Europe to treat people like people. That’s the most important thing, I think.
Information needs to be shared as well. We just need people to know a little bit what is going on here, on Europe’s doorstep. So many people don’t even know. Six months ago, I myself didn’t know anything about all of this. Nothing. And it’s so close from home, from us, that people experience these terrible things. It’s crazy.
Sometimes, just sharing information helps. Sharing, always and forever.
Pass it on, get informed, open your ears to the world.
That is already something
Many many many thanks to Angelique for the translation. Thanks for teaching us about interpretation in medical care here in Samos. It was great to work with you.
Esquisses d’une journée à la clinique de Samos, Grèce, camp de réfugiés, comme physiothérapeute
« Je commence avec une femme victime de torture il y a 1 an et des poussières, sa clavicule cassée n’a pas solidifié correctement, déformation visible. Elle a très mal à chaque mouvement de bras. Presque impossible de mobilisera. Je me sens impuissante. Je travaille à distance, nuque, dos, respirations. Puis petit à petit se rapprocher de l’épaule. La douleur parfois est comme un animal sauvage qu’on cherche a apprivoiser. Ma patient parle, je l’écoute, je suis là pour elle. Plus tard dans la journée, en tant qu’interprète français-anglais pour un de nos médecins, j’explique au patient qu’on va devoir ouvrir son abcès infecté et douloureux pour vider le pus, mais qu’on n’a pas d’anesthésiant, et que l’hôpital ne le prendra pas en charge pour ça, alors on va lui donner 1g de Dafalgan, et je vais lui tenir les bras pendant que le médecin ouvre l’abcès au scalpel, histoire qu’il ne bouge pas et qu’on ne le blesse pas plus et qu’il ne blesse pas le médecin non plus. Je le rassure et je le tiens. Il a mal. Il crie mais il tient le coup. J’ai mal pour lui. Je passe dans le couloir et je vois un patient qui attend le docteur, il a des plaies ouvertes aux avant-bras, des coupures, tentative de suicide ou automutilation? Je ne sais pas. Un appel à l’aide dans tous les cas. On va s’occuper de lui. Il n’a pas l’air bien. C’est dur à entendre et à voir. Ça me met en colère aussi. La colère va au dessus de la tristesse et de la fatigue et me donne envie de me battre pour eux. De leur donner de mon temps et de mes connaissances et un peu de douceur aussi là au milieu. Juste un sourire des fois pour éclairer la journée brièvement.
Il y a aussi des cas faciles, ces patients que je peux aider, soulager, qui iront vite mieux grâce à nos soins. Belles surprises parfois, comme mon patient brûlé aux deux mains qui récupère étonnamment vite, 15 jours après l’accident, les plaies sont propres. Ça me met trop la joie, et lui aussi. Puis après le travail, un patient afghan que je croise au supermarché, trop content que je lui dise « Salam, khoubi? Khoubam » (« Bonjour ça va? Ça va bien » En farsi). Revoir des patients et apprendre qu’il vont un peu mieux. Ou juste qui remercient de notre gentillesse. Passer du temps le soir avec les autres volontaires, dont nos interprètes farsi et arabes, qui sont aussi des réfugiés. Certains ont déjà leur papiers mais ont décidé de rester ici pour aider, ou sont revenus exprès. Ils me donnent le courage qu’il y en a certains qui sortent de là. Il y a de l’espoir. «
Mon regard en tant que physiothérapeute ici à Samos. Différents éclairages, différents ressentis.
De plus en plus froid
Il y a trois semaines, en arrivant, je me disais que les conditions n’étaient pas si catastrophiques. On m’avait décrit un tableau très noir de la situation, mais les réfugiés que je voyais à la clinique avaient au moins des tentes pour s’abriter, de quoi se nourrir, se vêtir. La plupart ont des téléphones portables et peuvent contacter leur famille au pays, et je les vois vivre, sourire. Je découvrais alors la situation depuis ma petite bulle, car les ONG ne sont pas autorisées à aller au camp. Ce sont les réfugiés qui viennent nous voir ici dans la petite ville de Samos.
Ces derniers jours cependant, mon regard a changé. Ma compréhension et ma perception des choses aussi. Il fait également de plus en plus froid, il pleut presque tous les jours, et il pleut beaucoup. Les tentes au camp sont dans un terrain en pente, boueux. C’est un combat pour certains réfugiés que de rester au sec. Ils n’ont pas assez d’habits chauds ou étanches. J’ai de nombreux patients qui viennent me voir en tongs et en short et j’ai froid pour eux. Comme ils n’ont ni l’eau ni l’électricité au camp, ça devient vraiment limite. Chaque jour des cas de grippe, des sinusites, des diarrhées, des maux de ventre, des petites maladies qui devraient passer facilement mais ne passent pas à cause des mauvaises conditions, voire s’empirent. Les douleurs habituelles (mal de dos, de nuque, de ventre, sciatiques, problèmes articulaires) sont exacerbées par ces conditions. La surpopulation au camp fait qu’il y a régulièrement des bagarres. Des violences qui éclatent. L’endroit n’est pas sûr pour bon nombre d’entre eux.
Je vous parle du corps, mais le plus dur ici pour eux, je crois, c’est la souffrance psychologique, la souffrance émotionnelle. Elle est grande, pour beaucoup. Ce qui est terrible, c’est l’incertitude et l’attente. Ne pas savoir s’ils vont être renvoyés aux pays, qu’ils ont fui car le danger était trop grand. Guerre, terrorisme, tortures ou abus. La plupart des réfugiés attendent des mois ici à Samos. Certains 1 à 2 ans avant de savoir ce qui va leur arriver. C’est long, des mois, quand les journées ne passent pas et qu’il n’y a rien à faire qu’attendre dans l’inconfort.
L’incompréhension aussi, de la situation, de ce qui leur arrive. Il y en a beaucoup qui viennent de petits villages, ils ont peu d’éducation donc peu de connaissances du corps et de la médecine. Alors ils peuvent rapidement s’effrayer pour de petites choses, juste parce qu’ils ne savent pas. Par exemple un patient pensait avoir la gale – et nous en avons, des vrais cas de gale – suite à des démangeaisons intenses. Il avait juste la peau sèche. Un patient super inquiet par un kyste au poignet, rien de grave, mais il se demande s’il va perdre sa main. Légitime la peur, quand on ne connait pas. Comme moi et la mécanique auto en quelque sorte.
Leur accès aux soins de base est très limité. Il y a un seul hôpital à Samos, et il est surchargé. Chaque réfugié doit voir le médecin du camp, mais comme il n’y a qu’un médecin pour 7000 personnes, ils ont souvent leur rendez-vous dans 3-4 mois. L’impression qu’ils vont crever avant. En ce moment, il n’y a que deux dentistes disponibles pour eux. Ils ne voient les gens que si ça fait deux mois qu’ils sont là, à leurs frais, 50 euro la consultation, et s’ils ont un traducteur parlant anglais. Il n’y a pas assez d’ophtalmologues, de rhumatologues et d’orthopédistes, trop peu de psychologues. Ils sont débordés donc très difficiles d’accès. En ce moment, nous n’avons pas moyen de référer tous les patients qui évoquent des idées suicidaires. Malheureusement, il y en a régulièrement. La disponibilité des différents acteurs médicaux est très variable, les associations étant le fruit de volontaires, de bénévoles. Mais ce qui est constant, malheureusement, c’est le manque d’infrastructure.
Les soins médicaux
Picture from MedEquali Team social media
A la clinique de Med’EqualiTeam, nous avons 7 salles de consultations. Nous voyons entre 150 et 200 patients par jour. Pour être examinés par un de nos médecins, les patients viennent à 7h du matin et font la queue pour être sur la liste. Un triage d’abord, où nous pouvons rapidement régler les cas simples, puis les consultations pour les cas qui nécessitent plus de temps. En cas d’urgence, nous référons à l’hôpital. Le sachant surchargé, le tri est important et peu y ont accès. C’est dur chaque jour de dire à ces gens que l’hôpital ne les soignera pas sauf si leur vie est en danger immédiat. Nous sommes une ONG, et avons peu de médicaments à disposition. Principalement du paracétamol et des ibuprofens pour la douleur. Des antibiotiques et différents traitements de base, peu d’opiacés ou d’antidouleurs puissants, pas de médicaments spécifiques à certaines pathologies. Nous ne faisons pas d’injections ou dans certains cas spéciaux. Nous n’avons pas d’outils d’analyse type radio ou IRM. Nous faisons des prises de sang ou des analyses d’urine et mesurons les valeurs de base. Nous avons un suivi des plaies et bandages. C’est tout. Mais c’est déjà ça.
Nous avons des médecins mais notre statut ne nous permet d’offrir que des soins primaires uniquement. Ce qui irait très bien dans une situation d’urgence où les gens restent quelques jours / semaines. Sauf que là, les réfugiés restent coincés ici sur cette île beaucoup trop longtemps. Il est là le souci je crois. Un des soucis. Une infrastructure pour une situation temporaire, mais une situation temporaire qui s’éternise.
En physiothérapie
Picture from MedEquali Team social media
Je vois tous types de patients, le travail de physiothérapeute est super varié. Je travaille en anglais ou en français, puis en farsi ou en arabe avec des interprètes. Un beau travail d’équipe.
Vu la situation, je passe beaucoup de temps à écouter, à dialoguer. Les histoires que j’entends ne sont souvent pas belles ni joyeuses; mes discours se veulent encourageants mais la réalité du terrain les rendent difficiles également.
J’explique au patient avec son hernie discale en phase aiguë, qui dort par terre au froid et qui justement ne dort pas depuis des jours, que son cas n’est pas un cas vital, alors pour l’instant il doit juste patienter. On lui donnera du paracétamol et je le verrai en physio 45′ chaque 10 jours, pour du soins et lui enseigner divers exercices qui le soulageront un peu, peut-être, j’espère. Inchallah. J’explique à mes patients avec des importantes lésions des genoux que normalement, dans un système de santé fonctionnel, avec un ménisque et ligament croisé déchirés, ils auraient de la physio plusieurs fois par semaine, un IRM pour savoir ce qu’il en est vraiment, une opération probablement de planifiée et une rééducation ensuite. Mais qu’ici, ils n’auront rien de tout ça. Je les verrai chaque 10 jours et leur donnerai une attelle ou des béquilles si j’en ai. C’est tout, il faut qu’ils attendent d’être transférés dans un endroit où ils seront suivis correctement. Des exemples parmi tant d’autres. Les traumatismes crâniens, les AVC, les amputés, blessures récentes ou anciennes. parfois jamais traitées. Il y a ce patient aussi, avec un spondylarthrite ankylosante depuis 10 ans, dont la colonne est nettement déformée malgré son jeune âge mais qui n’a pas avec lui sa médication de fond. Lui aussi ne sera vu par le médecin du camp que dans trois mois et en attendant on lui donne des anti-inflammatoires. Alors ça le fait un peu rire au vu des douleurs qu’il a, et un peu pleurer aussi surtout. J’entends régulièrement des gens qui se demandent si ça vaut vraiment la peine de vivre dans ces conditions-là.
Les récits des gens arrivés ici sont assez terribles. Des gens cassés par la violence, victimes de tortures au pays, qui ont gardé la peur dans leur corps et ils ont mal partout. Parfois je peux à peine poser mes mains sur leur dos tellement leur système de la douleur a été saturé et sensibilisé. Leur tristesse aussi, la tristesse de voir qu’on traite mieux les chiens que les gens ici sur l’île. Oui car même les chiens dorment dans les maisons, mais pas eux. Un jour où il y a eu un feu au camp, certains ont fui et sont venus en ville, un patient m’a dit qu’il s’était caché dans un jardin pour dormir, mais que l’habitant de la maison a eu peur et lui a tiré dessus. Juste la main blessée. Mais la confiance et l’âme surtout. Comment croire aux humains dans ces conditions.
C’est dur. Dur à entendre et dur à dire. Mais c’est la réalité du terrain.
Les sourires des patients, un peu d’espoir
Picture from MedEquali Team social media
Heureusement il y a toutes les fois où comme physiothérapeute je peux aider quelqu’un. Retrouver le sourire et l’espoir avec les patients qui vont mieux petit à petit ou qui juste remercient car au pays soit les soignants ne prenaient pas le temps ou n’avaient pas de moyens, soit ils n’avait pas accès à des soins.
Diminuer un peu la douleur, par la thérapie manuelle, les massages, enseigner des exercices, encourager, donner un rendez-vous dans 10 jours et dire « Ce jour-là, je serai là pour vous ». Rassurer, partager son raisonnement clinique ou son diagnostic, aider à mieux comprendre la pathologie, la douleur pour mieux la gérer. Proposer une attelle à un patient dont le genou ou le poignet est douloureux et que la douleur se calme enfin un peu. Donner des béquilles à un jeune qui boite depuis son enfance à cause d’une malformation de la hanche et qui marche pour la première fois avec une canne et a le sourire jusqu’aux oreilles. Détendre une nuque douloureuse, un dos meurtri, une cheville qui fait mal. Parfois aussi juste être une oreille attentive, être là pour le patient et le considérer comme une personne, une personne entière, vivante, un être humain. Faire une blague nulle et faire rigoler son patient qui a mal aux côtes et s’excuser et en même temps savoir que rire lui fait autant de bien que le mal causé. L’espoir comme meilleur remède. Rappeler que là où on est ce n’est pas l’Europe, c’est un camp de réfugiés, pas la vraie vie, juste un putain de No Man’s Land où les droits de l’homme ne sont pas vraiment respectés par manque de moyens et de volonté. Souhaiter et espérer qu’un jour tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir, une transition, et qu’enfin ils auront droit à des conditions de vie dignes de ce nom. En attendant les conditions, ils ont la vie. Et on s’accroche à ça.
Parfois aussi juste s’amuser avec les enfants qui attendent à la réception, apprendre des mots en farsi et en arabe, passer du temps avec nos volontaires interprètes qui eux aussi sont passés par le camp ou y sont encore, et travaillent avec nous. En équipe. C’est bon parfois de ne pas être seul avec le patient. On se soutient. On veille les uns sur les autres. L’un d’entre eux, chaque matin nous demande « Still alive? » avec son beau sourire et sa patience qui semblent sans fin; même si l’on sait que chacun à ses limites. Rigoler avec les collègues mais aussi avec les patients parfois. Ce jeune brûlé aux deux mains suite à l’explosion d’une bonbonne de gaz pour cuisiner et qui semble bien content d’avoir à un bras une jolie infirmière anglaise blonde qui refait son pansement et à l’autre une petite physio suisse blonde aussi qui mobilise sa main. Il suffit parfois de peu de choses pour retrouver le sourire. Croiser une patiente dans la rue qui vient me faire un gros câlin et qui dit qu’elle va mieux. Savoir que beaucoup de patients sont contents de nous voir, on nous dit souvent qu’ici à la clinique on traite les patients avec gentillesse, qu’on les traite comme des humains, et que ça leur fait du bien. Il y a plein de cas où on aide, c’est rassurant, gratifiant. On fait du bon travail. Tous les jours.
En Suisse, je travaillais 3,5 jours par semaine et ça me suffisait largement. Je n’aurais pas eu envie de travailler plus que ça. Ici, je fais 5 à 6 jours par semaine, et je ne compte pas les heures car … les patients ont tellement besoin de ça. J’aime tant le fait de pouvoir les aider avec la physiothérapie, et par ma présence, ça a du sens, vraiment. Quand il pleut trop, les patients physio parfois n’arrivent pas toujours à venir, alors je fais interprète français-anglais pour les médecins, il y a toujours quelque chose à faire, même de la physio pour les volontaires, les collègues. Ou juste remonter le moral des troupes. Elles en ont besoin les troupes. Elles en ont besoin.
On prends soin les un des autres, dans l’équipe, après le travail. Partager sur nos ressentis, nos joies, nos peines, ou au contraire oublier tout ça le soir et cuisiner ensemble, écouter de la musique, doux mélange de cultures. Faire un peu de sport, même si souvent on sort de la clinique 10h après y être entré, parfois plus, et qu’il fait déjà nuit. Parfois juste se poser ensemble et ne pas parler, car on a déjà épuisé tout notre stock de mots pour la journée, et qu’on a juste besoin de nos présences.
Voilà, c’était quelques aperçus, éclairages sur mon expérience, ma vie à Samos
Ce sont les nouvelles de Samos, à travers mon regard de physiothérapeute suisse. Tant de choses terribles et en même temps tant de soutien et d’entraide.
Ici, il y a besoin régulièrement de médecins, d’infirmières, de physios, de volontaires. Et de soutien financier. Et surtout que l’Europe traite ces gens comme des gens. Surtout cela je crois.
Mais aussi besoin de transmettre les informations.
Juste que les gens sachent un peu ce qu’il se passe ici, aux portes de l’Europe. Tellement de gens ne savent même pas. Moi, il y a six mois, je ne savais rien de tout ça. Rien. Je savais pas qu’en Afrique dans certains pays tous les jours des gens sont assassinés et torturés et que les gouvernements laissent faire ca depuis des années. Je savais pas qu’aux portes de l’Europe des gens restent bloqués des années dans des tentes sans acces à des sanitaires ou à des soins basiques. Je savais pas. Et c’est juste à côté de chez moi, de chez nous, que ces gens vivent des choses terribles. C’est fou. Alors parfois, juste transmettre l’information, aide.
Transmettre, encore et toujours.
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